ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

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Message  Emma le Lun 13 Juin - 16:13

dans l'actualité



une chanson extraite de l'opérette Laure et Pétrarque



écrite en 1780 par Fabre d'Eglantine

interprétée ici par Mady Mesplé

chansons historiques de France 76 : Il pleut Bergère 1780
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Message  Emma le Jeu 23 Juin - 14:54

qui a vaincu à Waterloo?
c'est en mot
un mot qui fracture la poitrine
une insulte à la poudre
le plus beau mot qu'un Français ait répété!
dire ce mot et mourir ensuite
quoi de plus grand?
c'est foudroyer le tonnerre

Victor Hugo

le mot de Cambronne 1770-1842
encore un petit mensonge de l(histoire?





merde, alors!



j"ai quand même fait autre chose que dire des gros mots...
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Message  Emma le Lun 18 Juil - 7:39

dans la continuité de nos promenades dans les jardins









Une promenade au Jardin des Plantes



Sonnet

Sous ces arbres chéris, où j'allais à mon tour
Pour cueillir, en passant, seul, un brin de verveine,
Sous ces arbres charmants où votre fraîche haleine
Disputait au printemps tous les parfums du jour ;

Des enfants étaient là qui jouaient alentour ;
Et moi, pensant à vous, j'allais traînant ma peine ;
Et si de mon chagrin vous êtes incertaine
Vous ne pouvez pas l'être au moins de mon amour.

Mais qui saura jamais le mal qui me tourmente ?
Les fleurs des bois, dit-on, jadis ont deviné !
Antilope aux yeux noirs, dis, quelle est mon amante ?

Ô lion, tu le sais, toi, mon noble enchaîné ;
Toi qui m'as vu pâlir lorsque sa main charmante
Se baissa doucement sur ton front incliné.

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Message  Emma le Mar 26 Juil - 15:28

Paul Verlaine 1844-1896

Prince des Poètes

poète maudit

musicien du vers et ...du verre





dans ce tableau de Fantin-Latour

avec Rimbaud, l'amant terrible





dans les cafés et les hôpitaux

c'est une figure pitoyable mais légendaire







de la musique avan toute chose

.........................................................

tout le reste est littérature






Art poétique


De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.



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Message  Emma le Mer 3 Aoû - 14:55

Le Geai paré des plumes du Paon
Fable de Jean de la Fontaine
i





Un paon muait: un geai prit son plumage;
Puis après se l'accommoda;
Puis parmi d'autres paons tout fier se panada,
Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut: il se vit bafoué,
Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par Messieurs les paons plumé d'étrange sorte;
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
II fut par eux mis à la porte.

Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui:
Ce ne sont pas là mes affaires.


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Message  Emma le Mer 10 Aoû - 15:33

Charles Baudelaire



A celle qui est trop gaie

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur !

(Charles Baudelaire)



extase de la vie, horreur de la vie

amour et haine



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Message  Emma le Sam 3 Sep - 8:14

René de Obaldia né en 1918
romancier, dramaturge et poète

un humour vif, une cocasserie fantaisiste, une écriture singulière
il est recommandé de savoir parler l'obaldien
un très grand écrivain joué dans le monde entier
(un inoubliable Michel Simon dans "du vent dans les branches de Sassafras"



une oeuvre poétique, les Innocentines



poèmes pour enfants et quelques adultes
un dimanche dans l'oeuvre d'Obaldia

Le plus beau vers de la langue française

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.
Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin…
Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes infints
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D’une main moite
A écrit :
« C’était l’heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GÉLATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »

Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s’identifie
À l’oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.
Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain!
Quand vous serez grinds
Mes zinfints
Et que vous aurez une petite amie anglaise
Vous pourrez murmurer
À son oreille dénaturée
Ce vers, le plus beau de la langue française
Et qui vient tout droit du gallo-romain:
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
Admirez comme
Voyelles et consonnes sont étroitement liées
Les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes.
Admirez aussi, mes zinfints,
Ces gé à vif,
Ces gé sans fin

René de Obaldia ("Innocentines")
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Message  Emma le Mer 7 Sep - 7:19

PETITE CHANSON EN ECHO
Charles-François Panard 1691- 1765

si avec lui, ce n'est pas le pied
excuse-moi Arvalum

mettez-vous bien cela

songez que tout amant
ment
dans les fleurettes
nous voyons des commis
mis
comme des princes
qui, jadis sont venus
nus
de leur province




heureusement que Pan passera plus tard
parce que si la pauvre Echo avait dû compter sur Narcisse
il doooooooooooooooort



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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Jeu 13 Oct - 15:29

L’homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire

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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Sam 15 Oct - 16:45



(Émaux et Camées)

Ce que disent les hirondelles
Théophile Gautier

Déjà plus d'une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,
Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s'ouvrir les fleurs que garde
Le jardin, pour dernier trésor :
Le dahlia met sa cocarde
Et le souci sa toque d'or.

La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l'hiver, voici le froid !

Elles s'assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L'une dit : " Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !

" Tous les ans j'y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d'un boulet de canon. "

L'autre : " J'ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d'un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d'ambre
Sur le seuil d'un rayon chauffé.

" J'entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs. "

Celle-ci : " J'habite un triglyphe
Au fronton d'un temple, à Balbeck.
Je m'y suspends avec ma griffe
Sur mes petits au large bec. "

Celle-là : " Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s'y dresse
Au chapiteau des noirs piliers. "

La cinquième : " Je ferai halte,
Car l'âge m'alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l'eau bleue et le ciel bleu. "

La sixième : " Qu'on est à l'aise
Au Caire, en haut des minarets !
J'empâte un ornement de glaise,
Et mes quartiers d'hiver sont prêts. "

" A la seconde cataracte,
Fait la dernière, j'ai mon nid ;
J'en ai noté la place exacte,
Dans le pschent d'un roi de granit. "

Toutes : " Demain combien de lieues
Auront filé sous notre essaim,
Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
Brodant d'écume leur bassin ! "

Avec cris et battements d'ailes,
Sur la moulure aux bords étroits,
Ainsi jasent les hirondelles,
Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu'elles disent,
Car le poète est un oiseau ;
Mais, captif ses élans se brisent
Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !
Comme dans le chant de Ruckert,
Pour voler, là-bas avec elles
Au soleil d'or, au printemps vert !

La pluie au bassin fait des bulles
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules
Voici l'hiver, voici le froid




oeuvre-hommage de Gallé
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Sam 28 Jan - 16:04

Oh, notre pays, Finlande, pays natal !


Résonne, ô parole d'or!
Nulle vallée, nulle colline, nulle eau, rive, n'est plus aimée
que cette demeure dans le Nord.
Cher pays de nos pères.

Ta floraison, de son bouton,
de nouveau va éclore.
Notre amour fera ressurgir
ton espoir, ton triomphe dans leur splendeur.
Et un jour ton hymne, ô patrie,
au plus haut retentira.

l'hymne national finlandais est extrait des "récits de l'enseigne Stäl" de Johan Ludwig Runeberg 1804-1877
LE poète de Finlande décrit la misère et le courage des Finlandais enrôlés dans l'armée royale de Suède pour
lutter contre l'armée impériale russe

PM: créée en 1919, la République de Finlande est actuellement en période d'élection présidentielle; le premier
tour a eu lieu le 22 janvier, le second aura lieu le 6 février; Madame Tarja Halonen, qui a déjà obtenu 2 mandats,
ne peut se représenter
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Message  Emma le Jeu 8 Mar - 16:24

le monde à travers les prismes de Pearl Buck et d'Orson Welles a enchanté mes années d'internat

les deux m'emportaient loin loin mais loin de ma vie d'alors et c'était un ravissement qui me valut
aussi d'être collée parce que on ne lit pas, Mademoiselle, quand on n'a pas fait ses mathématiques



Pearl Buck (prix Nobel 1938) m'a toujours émue: Vent d'est vent d'ouest, les 4 filles de Madame Liang,
la mère



un livre que je trouvais dur mais dont le style simple me plaisait
un hymne à la vie paysanne chinoise



la terre chinoise...
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Message  Emma le Jeu 8 Mar - 16:35

pour terminer cette journée

les femmes en poésie
enfin quelques-unes!
il est vrai que le satané Barbey d'Aurevilly parlait de leur petit horizon d'idées

Louise Labé 1524-1566
aimer ou mourir
elle a suscité l'amour et l'a chanté

Lut, compagnon de ma calamité

De mes soupirs témoin irreprochable,

De mes ennuis controlleur veritable,

Tu as souvent avec moy lamenté :



Et tant le pleur piteus t'a molesté

Que commençant quelque son delectable,

Tu le rendois tout soudein lamentable,

Feingnant le ton que plein avoit chanté.



Et si te veus efforcer au contraire,

Tu te destens et si me contreins taire :

Mais me voyant tendrement soupirer,



Donnant faveur à ma tant triste pleinte :

En mes ennuis me plaire suis contreinte,

Et d'un dous mal douce fin esperer.



Marceline Desbordes-Valmore 1786-1859
femme, toujours femme, elle ne fut absolument que femme Baudelaire
la seule femme de génie de ce siècle Verlaine


<blockquote>Les Roses de Saadi

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;
La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
</blockquote>

Renée Vivien 1877-1909
la muse des violettes

Sonnet de porcelaine



Le soir, ouvrant au vent ses ailes de phalène,

Évoque un souvenir fragilement rosé,

Le souvenir, touchant comme un Saxe brisé,

De ta naïveté fraîche de porcelaine.



Notre chambre d’hier, où meurt la marjolaine,

N’aura plus ton regard plein de ciel ardoisé,

Ni ton étonnement puéril et rusé...

Ô frissons de ta nuque où brûlait mon haleine !



Et mon cœur, dont la paix ne craint plus ton retour,

Ne sanglotera plus son misérable amour,

Frêle apparition que le silence éveille !



Loin du sincère avril de venins et de miels,

Tu souris, m’apportant les fleurs de ta corbeille,

Fleurs précieuses des champs artificiels.



Joëlle Gardes née en 1945 à Marseille


ET SI LA PROFONDEUR N’ÉTAIT QUE…

Et si la profondeur n’était que la surface au bout
des doigts et de la langue
dans le contact de la main avec l’écorce de l’arbre et la
peau qui se réchauffe contre le mur ?

La voix intime n’est qu’un écho la phrase qui naît sur la
page a pris sa source au loin et se gonfle de toutes les
paroles du monde

Ni souffle venu des abîmes du songe ou du divin
ni envol sur les ailes du sublime
mais le contact de la main avec le tronc rugueux et la
chaleur de la pierre au soleil
les livres appris par cœur les mots chuchotés

La main attrape un papillon et se couvre de sa poussière dorée

Joëlle Gardes, Dans le silence des mots, Éditions de l’Amandier, 2008, page 36.
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Message  marie le Jeu 8 Mar - 19:53

Emma, à propos de Pearl Buck

J'aimais bien aussi lire ses livres.
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Ven 9 Mar - 15:55

bonjour Marie



je ne sais pas si tu as lu cette trilogie

La Terre chinoise
Pearl BUCK

Avec cette trilogie, sommet de son
oeuvre, Pearl Buck décrit de l'intérieur une famille de paysans chinois :
poids des traditions, statut subalterne des femmes, organisation
sociale quasi féodale. La Terre chinoise obtint le prix Pulitzer en 1932 (Pearl Buck fut la première femme à l'obtenir).

Sommaire

  • La Terre chinoise
  • Les Fils de Wang Lung
  • La Famille dispersée

Quatrième de couverture
« C'était le dernier matin qu'il lui faudrait allumer du feu. Il
l'avait allumé chaque matin depuis six ans que sa mère était morte. Il
avait allumé le feu, fait bouillir et versé l'eau dans un bol qu'il
portait dans la chambre où son père, assis sur son lit, toussait et
cherchait à tâtons ses chaussures sur le plancher. Chaque matin depuis
six ans, le vieillard avait attendu que son fils lui apportât de l'eau
chaude. Désormais le père et le fils pourraient se reposer. Il allait
venir une femme à la maison. »
Ainsi voit-on naître au début de La Terre chinoise les rêves de
Wang Lung. Ils sont ceux d'un paysan de la Chine éternelle, attaché à
sa terre, soumis aux traditions séculaires, quasi féodales. Mais nous
sommes en 1931, et bientôt se lèveront les vents qui bousculeront cet
ordre qu'il pensait immuable.

née en Chine
Pearl Buck vécut une dizaine d'années à Suzhou



ville aux merveilleux jardins



et notamment celui de l'humble administrateur, créé en 1509
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  marie le Dim 11 Mar - 12:21

La Terre chinoise
Les Fils de Wang Lung
La Famille dispersée

Je me souviens de ses livres de Pearl Buck,
ils étaient dans notre bibliothèque familiale.

Je pense les retrouver pour les relire en médiathèque.
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Mer 14 Mar - 16:02

EAU A TOUS LES ETAGES



Jules Verne



20 000 lieues sous les mers

Résumé de Vingt mille lieues sous les mers


En cette année 1866, une forte
angoisse règne sur les océans. Un monstre marin effrayant a été
signalé dans diverses mers par plusieurs navires. Une expédition
s'organise à bord de la frégate américaine Abraham Lincoln. Elle a
notamment à son bord le capitaine Faragutt, le canadien Ned
Land, le fameux naturaliste français Aronnax du Muséum de Paris
et son fidèle domestique Conseil. Le but de cette expédition est
de débarrasser les mers de cette abominable menace.

Pendant plusieurs mois, les
recherches sont vaines et le découragement s’empare de l’équipage.
Jusqu’à ce 5 novembre1867. Ce jour là, Ned Land aperçoit le monstre,
un « narval gigantesque ». Il se déplace à une telle vitesse
que la frégate a beaucoup de mal à le suivre. Lorsque enfin elle
réussit à l’approcher pour le harponner, l’animal aborde
violemment le vaisseau.

Celui-ci se trouve presque
entièrement submergé par une vague monumentale. Aronnax, Conseil
et le harponneur Ned Land sont précipités à la mer sous le choc.
Ils parviennent à se réfugier sur le dos dumonstre. Ils réalisent alors que ce qu’ils avaient pris pour un monstre n’est autre qu’un navire sous-marin, le
Nautilus. Les trois naufragés sont faits prisonniers et se
retrouvent à bord du Nautilus. Ils font alors connaissance de ce
mystérieux équipage et de son capitaine, Nemo, un personnage à
l’attitude très énigmatique. Ils découvrent très vite que le
capitaine Nemo, qui a conçu les plans du Nautilus, goûte très peu
la fréquentation des humains. Il se refuse à leur rendre la liberté.
Les trois naufragés séjourneront près de huit mois dans le
Nautilus.

Le capitaine Nemo finit par éprouver
de l’estime pour le savant français. Il fait découvrir à ses
hôtes les trésors de la bibliothèque et du musée du Nautilus et
décide d’entreprendre un tour du monde des profondeurs océaniques.
En compagnie de cet énigmatique capitaine, nos trois
héros découvrent la mystérieuse Atlantide et ses trésors
engloutis, empruntent un tunnel creusé par la nature sous
l’isthme de Suez, mesurent l’immensité du Pacifique, se battent
contre des cannibales et des poulpes géants, s’aventurent sous
la banquise, au pôle sud là où personne ne s’était encore
hasardé, chassent dans les forêts sous-marines et assistent à un
enterrement dans un cimetière de coraux.

Aronnax, Conseil et Ned Land continuent
d’éprouver une certaine méfiance vis à vis de ce mystérieux
capitaine. Un jour leurs soupçons sont confirmés, le capitaine
Nemo fait couler, de sang-froid, un navire de guerre de
nationalité inconnue et tout son équipage. Il accuse ce bateau
d’appartenir à une « nation maudite ». On découvre alors
la véritable identité du capitaine Nemo, prince indien que les
Anglais ont jadis dépossédé et blessé dans sa chair . Il voue à
ce pays une haine immortelle. La tristesse et la terreur règnent
maintenant à bord du Nautilus. Ned Land, Aronnax et Conseil parviennent
alors à s’échapper. Ils s’embarquent à bord d'une chaloupe, et
accosteront par miracle sur une des îles Lofoten d'oùils
regagneront la France. Ils ne sauront jamais ce qu’est devenu le
Nautilus, sur lequel ils ont navigué pendant 8 mois.
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Mar 1 Mai - 7:54

quand Victor Hugo nous invite à écouter "les oiseaux dans les bois chantant des triolets aux fées"

Premier mai

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !
Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

Victor Hugo, Les contemplations
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Re: ECRIVAIN, POETE, prête-moi ta plume - MORCEAUX CHOISIS

Message  Emma le Mar 5 Juin - 15:21



et en bateau à voile...


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Message  Emma le Ven 10 Aoû - 8:29

Alphonse de Lamartine

Milly ou la terre natale

Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie?
Dans son brillant exil mon coeur en a frémi;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami.

Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?
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Message  Emma le Lun 27 Aoû - 15:11

HOMMAGE A DELACROIX


Les Phares

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver traversé brusquement;

Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts;

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats;

Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant;

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas;

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C'est pour les coeurs mortels un divin opium!

C'est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C'est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois!

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

les Phares
ces hommes dont l'oeuvre éclaire comme "un phare allumé sur mille citadelles"

un poème en 11 strophes d'alexandrins en rimes croisées dédié à Théophile Gautier

Au poète impeccable
Au parfait magicien des lettres françaises
A mon très cher et très dévoué
Théophile Gautier


à demain pour la rencontre avec Baudelaire dont le nom est inséparable de celui d'Eugène Delacroix
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Message  Emma le Mar 28 Aoû - 9:23


il y a bien longtemps
un temps que les moins de vingt ans nana na nana na .....
notre professeur de lettres disait de Baudelaire qu'il était le plus grand poète français
laissant son admiration écarter sans ménagement Hugo, Apollinaire et les autres ...

toujours est-il, que des années après, ces "phares" : sept peintres, un sculpteur, un musicien
sont à l'origine de ma passion pour l'art avec ses analogies peinture/musique/poésie

notre professeur nous avait dit qu'aucun tableau ne s'imposait et nous avait demandé de créer
notre propre galerie
un moment délicieux

et aujourd'hui, je me livre une nouvelle fois à l'exercice, loin des certitudes de quelques-uns
ne s'impose à mes choix que le sentiment provoqué par les artistes cités


Rubens
la sensualité obligée




Cimon et Pero ou la charité romaine
le vieillard Cimon emprisonné évite la mort grâce à sa fille qui le nourrit en l'allaitant

Léonard de Vinci

l'inaccessible




la Vierge aux rochers

Rembrandt
le drame de la destinée humaine




l'aveuglement de Samson

Michel-Ange
le dessin imaginatif




le Jugement dernier


Puget
la puissance tourmentée




Hercule au repos
pauvre lion...

Watteau
fêtes et folie




portrait de Mademoiselle Prévost

Goya

et son univers cauchemardesque




le sabbat des sorcières

Delacroix
l'harmoniste et son ciel chagrin




Weber
un soupir étouffé


Carl von Weber 1786-1826 est un compositeur allemand considéré comme le père de l'opéra romantique allemand




Oberon, son dernier opéra

écoutez...
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Message  Emma le Ven 31 Aoû - 14:56


Alphonse de Lamartine — Recueillements poétiques

À M. Félix Guillemardet sur sa maladie
1837



Frère, le temps n’est plus où j’écoutais mon âme
Se plaindre et soupirer comme une faible femme
Qui de sa propre voix soi-même s’attendrit,
Où par des chants de deuil ma lyre intérieure
Allait multipliant comme un écho qui pleure
Les angoisses d’un seul esprit.

Dans l’être universel au lieu de me répandre,
Pour tout sentir en lui, tout souffrir, tout comprendre,
Je resserrais en moi l’univers amoindri ;
Dans l’égoïsme étroit d’une fausse pensée
La douleur en moi seul, par l’orgueil condensée,
Ne jetait à Dieu que mon cri.

Ma personnalité remplissait la nature,
On eût dit qu’avant elle aucune créature
N’avait vécu, souffert, aimé, perdu, gémi !
Que j’étais à moi seul le mot du grand mystère,
Et que toute pitié du ciel et de la terre
Dût rayonner sur ma fourmi !

Pardonnez-moi, mon Dieu ! tout homme ainsi commence ;
Le retentissement universel, immense,
Ne fait vibrer d’abord que ce qui sent en lui ;
De son être souffrant l’impression profonde,
Dans sa neuve énergie, absorbe en lui le monde,
Et lui cache les maux d’autrui.

Comme Pygmalion, contemplant sa statue,
Et promenant sa main sous sa mamelle nue
Pour savoir si ce marbre enferme un cœur humain,
L’humanité pour lui n’est qu’un bloc sympathique
Qui, comme la Vénus du statuaire antique,
Ne palpite que sous sa main.

Ô honte ! ô repentir ! quoi, ce souffle éphémère
Qui gémit en sortant du ventre de sa mère,
Croirait tout étouffer sous le bruit d’un seul cœur ?
Hâtons-nous d’expier cette erreur d’un insecte,
Et, pour que Dieu l’écoute et l’ange le respecte,
Perdons nos voix dans le grand chœur !

Jeune, j’ai partagé le délire et la faute,
J’ai crié ma misère, hélas ! à voix trop haute,
Mon âme s’est brisée avec son propre cri !
De l’univers sensible atome insaisissable,
Devant le grand soleil j’ai mis mon grain de sable,
Croyant mettre un monde à l’abri.

Puis mon cœur, moins sensible à ses propres misères,
S’est élargi plus tard aux douleurs de mes frères ;
Tous leurs maux ont coulé dans le lac de mes pleurs,
Et, comme un grand linceul que la pitié déroule,
L’âme d’un seul, ouverte aux plaintes de la foule,
A gémi toutes les douleurs.

Alors dans le grand tout mon âme répandue
A fondu, faible goutte au sein des mers perdue
Que roule l’Océan, insensible fardeau !
Mais où l’impulsion sereine ou convulsive,
Qui de l’abîme entier de vague en vague arrive,
Palpite dans la goutte d’eau.

Alors, par la vertu, la pitié m’a fait homme ;
J’ai conçu la douleur du nom dont on le nomme,
J’ai sué sa sueur et j’ai saigné son sang
Passé, présent, futur, ont frémi sur ma fibre
Comme vient retentir le moindre son qui vibre
Sur un métal retentissant.

Alors j’ai bien compris par quel divin mystère
Un seul cœur incarnait tous les maux de la terre,
Et comment, d’une croix jusqu’à l’éternité,
Du cri du Golgotha la tristesse infinie
Avait pu contenir seule assez d’agonie
Pour exprimer l’humanité !...

Alors j’ai partagé, bien avant ma naissance,
Ce pénible travail de sa lente croissance
Par qui sous le soleil grandit l’esprit humain,
Semblable au rude effort du sculpteur sur la pierre,
Qui mutile cent fois le bloc dans la carrière
Avant qu’il vive sous sa main.


Saint-Point, 15 septembre 1837.

on l'a vu, Guillemardet était un condisciple d'Eugène Delacroix au lycée impérial
et un ami de Lamartine
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Message  Emma le Sam 29 Sep - 8:18

« Sur le sein maternel leur frère appelle en vain
Quelques gouttes d'un lait consumé par la faim.
Autour d'eux, des murs nus ; hier, un encan funeste,
D'un vil ameublement a dispersé le reste ;
Et, pour comble de maux, de leurs derniers débris
D'avides créanciers ont dévoré le prix.
Par-tout le dénuement, le deuil et le silence.
D'un désespoir muet domptant la violence,
Leur père à côté d'eux, triste, pâle et défait.
Tourmenté par la faim, moins que par son forfait,
En détournant ses yeux d'un tableau qui l'accable.
Leur jette, et se refuse un aliment coupable,
Que leurs avides mains se disputent entre eux
Puis, d'un air, d'un regard, d'un accent douloureux,
Où son cour déchiré tout à-la-fois exprime
Et l'excès de ses maux, et l'horreur de son crime :
"O vous ! qui violez l'asile du malheur,
étranger, venez-vous épier ma douleur ?
Eh bien ! venez, voyez ces enfants, cette mère :
Suis-je assez malheureux d'être homme, époux et père :
Hélas ! jusqu'à ce jour mon sort fut moins cruel ;
J'étois infortuné, mais non pas criminel.
Allez, révélez tout ! je bénis mon supplice ;
Vos lois me feront grâce en me faisant justice.
Que sais-je une autre fois mon funeste destin
Peut-être d'un brigand feroit un assassin.
Allez, délivrez-moi du jour et de moi-même !"
A ces mots, il succombe à sa douleur extrême. »

extrait de la complainte de Jacques Delille (1738-1813)
"la pitié"
un poème sur les malheurs du temps illustré par son ami Henri-Pierre Danloux (1753-1809)




la Pitié, scène de misère

139 x 107
acquis par le Louvre en 1972




la Pitié, deux enfants se disputent un morceau de pain
112 x 94
acquis par le Louvre en 2012
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Message  Emma le Lun 22 Oct - 8:19



L'après-midi d'un faune

(Eglogue)
Le Faune:
Ces nymphes, je les veux perpétuer.
Si clair,
Leur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air
Assoupi de sommeils touffus.

Aimai-je un rêve?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s'achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois même, prouve, hélas! que bien seul je m'offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.
Réfléchissons...

ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux!
Faune, l'illusion s'échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste:
Mais, l'autre tout soupirs, dis-tu qu'elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison?
Que non! par l'immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s'il lutte,
Ne murmure point d'eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d'accords; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s'exhaler avant
Qu'il disperse le son dans une pluie aride,
C'est, à l'horizon pas remué d'une ride
Le visible et serein souffle artificiel
De l'inspiration, qui regagne le ciel.

O bords siciliens d'un calme marécage
Qu'à l'envi de soleils ma vanité saccage
Tacite sous les fleurs d'étincelles, CONTEZ
« Que je coupais ici les creux roseaux domptés
» Par le talent; quand, sur l'or glauque de lointaines
» Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
» Ondoie une blancheur animale au repos:
» Et qu'au prélude lent où naissent les pipeaux
» Ce vol de cygnes, non! de naïades se sauve
» Ou plonge... »

Inerte, tout brûle dans l'heure fauve
Sans marquer par quel art ensemble détala
Trop d'hymen souhaité de qui cherche le la:
Alors m'éveillerai-je à la ferveur première,
Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
Lys! et l'un de vous tous pour l'ingénuité.
Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
Mystérieuse, due à quelque auguste dent;
Mais, bast! arcane tel élut pour confident
Le jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue:
Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
Rêve, dans un solo long, que nous amusions
La beauté d'alentour par des confusions
Fausses entre elle-même et notre chant crédule;
Et de faire aussi haut que l'amour se module
Évanouir du songe ordinaire de dos
Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
Une sonore, vaine et monotone ligne.

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends!
Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
Des déesses; et par d'idolâtres peintures
À leur ombre enlever encore des ceintures:
Ainsi, quand des raisins j'ai sucé la clarté,
Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
Rieur, j'élève au ciel d'été la grappe vide
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
D'ivresse, jusqu'au soir je regarde au travers.

O nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers.
« Mon oeil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
» Immortelle, qui noie en l'onde sa brûlure
» Avec un cri de rage au ciel de la forêt;
» Et le splendide bain de cheveux disparaît
» Dans les clartés et les frissons, ô pierreries!
» J'accours; quand, à mes pieds, s'entrejoignent (meurtries
» De la langueur goûtée à ce mal d'être deux)
» Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux;
» Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
» À ce massif, haï par l'ombrage frivole,
» De roses tarissant tout parfum au soleil,
» Où notre ébat au jour consumé soit pareil. »
Je t'adore, courroux des vierges, ô délice
Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse
Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
Tressaille! la frayeur secrète de la chair:
Des pieds de l'inhumaine au coeur de la timide
Qui délaisse à la fois une innocence, humide
De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
« Mon crime, c'est d'avoir, gai de vaincre ces peurs
» Traîtresses, divisé la touffe échevelée
» De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée:
» Car, à peine j'allais cacher un rire ardent
» Sous les replis heureux d'une seule (gardant
» Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
» Se teignît à l'émoi de sa soeur qui s'allume,
» La petite, naïve et ne rougissant pas: )
» Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
» Cette proie, à jamais ingrate se délivre
» Sans pitié du sanglot dont j'étais encore ivre. »

Tant pis! vers le bonheur d'autres m'entraîneront
Par leur tresse nouée aux cornes de mon front:
Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
Chaque grenade éclate et d'abeilles murmure;
Et notre sang, épris de qui le va saisir,
Coule pour tout l'essaim éternel du désir.
À l'heure où ce bois d'or et de cendres se teinte
Une fête s'exalte en la feuillée éteinte:
Etna! c'est parmi toi visité de Vénus
Sur ta lave posant tes talons ingénus,
Quand tonne une somme triste ou s'épuise la flamme.
Je tiens la reine!

O sûr châtiment...
Non, mais l'âme
De paroles vacante et ce corps alourdi
Tard succombent au fier silence de midi:
Sans plus il faut dormir en l'oubli du blasphème,
Sur le sable altéré gisant et comme j'aime
Ouvrir ma bouche à l'astre efficace des vins!

Couple, adieu; je vais voir l'ombre que tu devins.

poème de Stéphane Mallarmé 1842-1898



illustré par Edouard Manet



mis en musique par Claude Debussy

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