LE poète: Guillaume Apollinaire

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Message  Emma le Jeu 28 Nov - 16:06



l'Amérique....

L'Europe et l'Amérique se prirent par la main et, en choeur
chantèrent

La mer sépare les deux époux
Ce sont les noces énormes de deux continents
De l'un jaillit un vaisseau à travers l'océan
L'Europe féconde l'Amérique
l'Europe, nom viril dans le langage diplomatique
C'est-à-dire international qui est le français
Et l'on entend distinctement l'article masculin
Tandis que l'article féminin marque
bien
Dans la langue des nations ou langue française
Le sexe de l'Amérique
l'Europe étend frénétiquement la rigide péninsule
d'Armor
Et l'Amérique s'étale, largement ouverte,
Où l'isthme humide tressaille aux tropiques.
Amour sublime des nations naissant du couple
démesuré
Dont les éléments favorisent les épousailles
Le vaisseau poursuit son voyage fécondateur
Les vents gonflent les voiles, ils gémissent,
Et crient la volupté des géants qui s'entr'aident.
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 14 Nov - 15:53



Pierre de Belay
mis à l'honneur par Arvalum dans les coups de coeur a réalisé plusieurs
portraits de Guillaume Apollinaire, disparu il y a juste 95 ans
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 31 Jan - 9:11

Chagall aimait les poètes
Cendrars, Jacob, Apollinaire

HOMMAGE A APOLLINAIRE



la roue-cadran et la fuite du temps
le couple "une seule chair"
la pomme, début de l'aventure humaine
l'amour, regardez le coeur en bas à gauche
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Lun 19 Nov - 17:10

Saltimbanques
à Louis Dumur

Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s'en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L'ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)


poème extrait d'Alcools
livre exposé au musée des lettres et des manuscrits
où nous sommes allés récemment




Paul Bonet (1669-1971) est un artiste connu pour ses reliures d'art



on y reconnaît le portrait d'Apollinaire par Picasso
transposé par les compositions mosaïquées

Picasso venait de rencontrer Apollinaire
il peignait alors une série de tableaux sur le monde du cirque
qu'Apollinaire eut l'occasion de commenter abondamment




famille de saltimbanques
1905-période rose
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mar 22 Mai - 14:46

Apollinaire, Jacob, Picasso, Kisling, Salmon, ...
l'effervescence intellectuelle de ce début de XXe siècle

Apollinaire avait fondé avec Salmon "les soirées de Paris"
Apollinaire défendait le cubisme avec Salmon
Apollinaire qui avait lu un poème au mariage de Saimon

André Salmon (1881-1969)aimait la Bretagne et Bréhat
tout comme Jacob, l'autre copain aimait la Bretagne et Roscoff


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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Ven 17 Fév - 16:28

le bestiaire ou cortège d'Orphée
un poème qui inspira Sonia Delaunay
les illustrations sont de Raoul Dufy



Orphée
Admirez le pouvoir insigne
Et la noblesse de la ligne :
Elle est la voix que la lumière fit entendre
Et dont parle Hermès Trismégiste en son Pimandre







La tortue
Du Thrace magique, ô délire !
Mes doigts sûrs font sonner la lyre.
Les animaux passent aux sons
De ma tortue, de mes chansons.


Le cheval
Mes durs rêves formels sauront te sauver,
Mon destin au char d'or sera ton beau cocher
Qui pour rênes tiendra tendus à frénésie,
Mes vers, les parangons de toute poésie


La chèvre
du Thibet

Les poils de cette chèvre et même
Ceux d'or qui prit tant de peine
Jason, ne valent rien au prix
Des cheveux dont je suis épris


Le serpent
Tu t'acharnes sur la beauté
Et quelles femmes ont été
Victimes de ta cruauté !
Eve, Eurydice, Cléopatre ;
J'en connais encore trois ou quatre


Le chat
Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesauels je ne peux pas vivre.


Le lion
O lion , malheureuse image
Des rois chus lamentablement,
Tu ne nais maintenant qu'en cage
A Hambourg, chez les Allemands.


Le lièvre
Ne sois pas lascif et peureux
Comme le lièvre et l'amoureux.
Mais que toujours ton cerveau soit
La hase pleine qui conçoit


Le lapin
Je connais un autre connin
Que tout vivant je voudrais prendre.
Sa garenne est parmi le thym
Des vallons du pays de Tendre.


Le dromadaire
Aves ses quatre dromadaires
Don Pedro d'Alfaroubeira
Courut le monde et l'admira.
Il fit ce que je voulais faire
Si j'avais quatre dromadaires.


La souris
Belle journée, souris du temps,
Vous rongez peu à peu ma vie.
Dieu ! je vais avoir vingt-huit ans,
Et mal vécu, à mon envie.


L'éléphant
Comme un éléphant son ivoire
J'ai en bouche un bien précieux.
Pourpre mort !… J'achète ma gloire
Au prix des mots mélodieux


Orphée
Regardez cette troupe infecte
Aux mille pattes, aux cent yeux :
Rotifères, cirons, insectes
Et microbes plus merveilleux
Que les sept merveilles du monde
Et le palais de Rosemonde !


La chenille
Le travail mène à la richesse
Pauvres poètes, travaillons !
La chenille en peinant sans cesse
Devient le riche papillon


La mouche
Nos mouches savent des chansons
Que leur apprirent en Norvège
Les mouches ganiques qui sont
Les divinités de la neige


La puce
Puces, amis, amantes même,
Qu'ils sont cruels ceux qui nous aiment !
Tout notre sang coule pour eux.
Les bien-aimés sont malheureux.


La sauterelle
Voici la fine sauterelle,
La nourriture de Saint Jean.
Puissent mes vers être comme elle,
Le régal des meilleures gens.


Orphée
Que ton cœur soit l'appât et le ciel la piscine !
Car, pécheur, quel poisson d'eau douce ou bien marine
Egale-t-il, et par la forme et la saveur,
Ce beau poisson divin qu'est Jésus, Mon Sauveur ?


Le dauphin
Dauphins, vous jouez dans la mer,
Mais le flot est toujours amer.
Parfois, ma joie éclate-t-elle ?
La vie est encore cruelle.


Le poulpe
Jetant son encre vers les cieux,
Suçant le sang de ce qu'il aime
Et le trouvant délicieux,
Ce monstre inhumain, c'est moi-même.


La méduse
Méduses, malheureuses têtes
Aux chevelures violettes
Vous vous plaisez dans la tempête,
Et je m'y plais comme vous faites.


L'écrevisse
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons.


La carpe
Dans vos viviers, dans vos étangs,
Carpes que vous vivez longtemps !
Est-ce que la mort vous oublie,
Poissons de la mélancolie.


Orphée
La femelle de l'alcyon,
L'Amour, les volantes Sirènes,
Savent de mortelles chansons
Dangereuses et inhumaines.
N'oyez pas ces oiseaux maudits,
Mais les Anges du Paradis.


Les sirènes
Saché-je d'où provient, Sirènes, votre ennui
Quand vous vous lamentez, au large, dans la nuit ?
Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
Et mes vaisseaux chantants se nomment les années


La colombe
Colombe, l'amour et l'esprit
Qui engendrâtes Jésus-Christ,
Comme vous j'aime une Marie.
Qu'avec elle je me marie.


Le paon
En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traine à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.


Le hibou
Mon pauvre cœur est un hibou
Qu'on cloue, qu'on décloue, qu 'on recloue.
De sang, d'ardeur, il est à bout.
Tous ceux qui m'aiment, je les loue.


Ibis
Oui, j'irai dans l'ombre terreuse
O mort certaine, ainsi soit-il !
Latin mortel, parole affreuse,
Ibis, oiseau des bords du Nil.


Le bœuf
Ce chérubin dit la louange
Du paradis, où, près des anges,
Nous revivons, mes chers amis,
Quand le bon Dieu l'aura permis.
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 15 Fév - 16:53

sur un tableau de Picasso (1905), les marchands de bonheur

Saltimbanques

à Louis Dumur


Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises


Et les enfants s'en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe


Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L'ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 11 Jan - 16:06

Guillaume, vous le permissionnaire,allez vous éprendre de Madeleine, Madeleine Pagès
une jolie petite prof de lettres rencontrée dans le train et qui habite Oran

lettres poèmes, déclarations jusqu'à la permission de décembre 1915



les yeux de gazelle de Madeleine vous ont fait traverser la Méditerranée
les poèmes que vous lui avez dédiés nous font traverser vos tendres souvenirs

Pour Madeleine Seule


Lune candide vous brillez moins que les hanches

De mon amour

Aubes que j'admire vous êtes moins blanches

Aubes que chaque jour

J'admire ô hanches si blanches


Il y a le reflet de votre blancheur


Au fond de cet aluminium


Dont on fait des bagues


Dans cette zone où règne la blancheur

O hanches si blanches.

Guillaume Apollinaire
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Sam 17 Déc - 17:50

Si
je mourais là-bas...



Si je mourais
là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur


Et puis ce
souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier


Souvenir oublié
vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants


Le fatal giclement
de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté


Lou si je
meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie


Ô mon
unique amour et ma grande folie


a
nuit descend

n y pressent

n long destin de sang


Si je mourais là-bas_0001 - Vidéo Dailymotion
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 15 Déc - 9:05

le 6 décembre 1914
Guillaume Apollinaire, qui s'est engagé la veille,
est accueilli à Nîmes comme canonnier-conducteur



pour "servir" sa patrie d'élection pendant la durée de la guerre
(engagement refusé précédemment à ce russo-polonais)

peu de temps auparavant, en août, il avait rencontré à Nice, Louise de Coligny
dont il s'amouracha et qu'il couvrit de lettres et de poèmes

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Lun 21 Nov - 9:46


Les Fenêtres
Guillaume Apollinaire

Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Quand chantent les aras dans les forêts natales
Abatis de pihis
Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile
Nous l'enverron en message téléphonique
Traumatisme géant
Il fait couler les yeux
Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises
Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate blanche
Tu soulèveras le rideau
Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre
Araignées quand les mains tissaient la lumière
Beauté pâleur insondables violets
Nous tenterons en vain de prendre du repos
On commencera à minuit
Quand on a le temps on a la liberté
Bignorneaux Lotte multiples Soleils et l'Oursin du couchant
Une vielle paire de chaussures jaunes devant la fenêtre
Tours
Les Tours ce sont les rues
Puits
Puits ce sont les places
Puits
Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes
Les Chabins chantent des airs à mourir
Aux Chabines marrones
Et l'oie oua-oua trompette au nord
Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit l'hiver
O Paris
Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Paris Vancouver Hyères Maintenon New York et les Antilles
Le fenêtre s'ouvre comme une orange
Le beau fruit de la lumière

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Sam 18 Juin - 9:12

en cette journée particulière



la petit auto, la colombe



et le jet d'au sont de circonstance

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 15 Juin - 8:22

au Père Lachaise
vous reposez avec Jacqueline, la jolie rousse




3 strophes des collines


Je me suis enfin détaché
De toutes choses naturelles
Je peux enfin mourir mais non pêcher
Et ce qu'on n'a jamais touché
Je l'ai touché je l'ai palpé

Et j'ai scruté tout ce que nul
Ne peut en rien imaginer
Et j'ai soupesé maintes fois
Même la vie impondérable
Je peux mourir en souriant

Habituez vous comme moi
A ces prodiges que j'annonce
A la bonté qui va régner
A la souffrance que j'endure
Et vous connaitrez l'avenir


et un autre extrait du calligramme ' coeur comme un miroir"
en tessons verts et blancs " mon coeur pareil à une flamme renversée"
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 15 Juin - 8:08

Guillaume Apollinaire 1880-1918
le grand poète du XXe siècle au langage nouveau



l'amour fou





les fantasmes d'un soldat au fond d'une tranchée





ô mon unique amour et ma grande folie
la nuit descend
on y pressent
un long long destin de sang





une oeuvre illustrée par Marcel Vertès 1895-1961
qui illustra aussi le Chéri de Colette

la quête de l'identité
l'enchanteur pourrissant, une oeuvre illustrée par Derain



Apollinaire réécrit la légende de Merlin qui devient le double du poète
une oeuvre constamment renouvelée, une quête de l'identité
de l'origine obscure au chemin de la création
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 8 Juin - 7:55

avec "la petite auto"
Guillaume Apollinaire



annonce la naissance d'un monde nouveau et sanglant
avec un langage nouveau


quelque part en Belgique, du côté de Stavelot
le souvenir de Maria



et du Mal-Aimé





quelque part à Paris du côté de Saint Germain
un bronze de Picasso pour l'éternité






quelque part du côté du pont Mirabeau
où coule la Seine

la silhouette d'un géant trop tôt disparu
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 8 Juin - 7:48

Guillaume
le prophète, le visionnaire

La petite auto



Le 31 du mois d'Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre
Avec son chauffeur nous étions trois
Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l'Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l'homme combat
Plus haut que l'aigle ne plane
L'homme y combat contre l'homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

Et quand après avoir passé l'après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître
Guillaume Apollinaire, Calligrammes, 1918.
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Ven 3 Juin - 8:11

la partie de cartes de Fernand Léger

une oeuvre sur laquelle il n'est pas possible de passer rapidement
les poilus en robots désarticulés
déshumanisés comme l'acier des casques et des obus



écrivant à sa femme et
à tous ces ballots qui se demandent si je suis ou serai cubiste en rentrant
tu peux leur dire que bien plus que jamais, il n'y a pas plus cubiste qu'une
guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme
en plusieurs morceaux et qui l'envoie aux quatre points cardinaux
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 26 Mai - 8:07

dans une tranchée de l'Aisne, en 1916, c'est le drame
des éclats d'obus traversent votre casque et étoilent votre tempe
il fallut vous trépaner et Picasso viendra vous consoler au Val-de-Grâce





faisant en quelques traits le portrait de votre tête bandée
avec les amis, il fait éditer le recueil "poète assassiné" et organise un banquet




en 1918n la grippe espagnole ravage l'Europe
le 2 novembre, vous écrivez un écho pour déplorer
la mort d'un jeune poète, victime de cette épidémie
mais le 9 novembre, c'est vous qui êtes atteint
et vous mourez à 38ans, au 202 boulevard Saint Germain





le 13 novembre, dans le Paris heureux de l'armistice
la foule hurle "à bas Guillaume"
il s'agit bien sûr de l'empereur allemand
mais tous ces cris font redoubler les larmes de votre mère

en tête du cortège funèbre
à côté de Madame de Kostrowitzky: Jacqueline, la jolie rousse

Apollinaire – La Jolie Rousse







Me voici devant tous un homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu’un vivant peut connaître
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l’amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées

prive();
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l’Artillerie et l’Infanterie
Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l’effroyable lutte
Je sais d’ancien et de nouveau autant qu’un homme seul pourrait des deux savoir
Et sans m’inquiéter aujourd’hui de cette guerre
Entre nous et pour nous mes amis
Je juge cette longue querelle de la tradition et de l’invention
De l’Ordre et de l’Aventure

Vous dont la bouche est faite à l’image de celle de Dieu
Bouche qui est l’ordre même
Soyez indulgents quand vous nous comparez
À ceux qui furent la perfection de l’ordre
Nous qui quêtons partout l’aventure

Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons vous donner de vastes et d’étranges domaines
Où le mystère en fleurs s’offre à qui veut le cueillir
Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la réalité

Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
Il y a aussi le temps qu’on peut chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l’illimité et de l’avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés

Voici que vient l’été la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
Ô Soleil c’est le temps de la Raison ardente
Et j’attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu’elle prend afin que je l’aime seulement
Elle vient et m’attire ainsi qu’un fer l’aimant
Elle a l’aspect charmant
D’une adorable rousse

Ses cheveux sont d’or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent

Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens d’ici
Car il y a tant de choses que je n’ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi








ils vous pleurent, Picasso et Olga, Mac Orlan, Léautaud
Cendrars, Deraion, Max Jacob, Fernand Léger gazé à Verdun

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 19 Mai - 10:51

Picasso aussi a été soupçonné de recel
mais colle il a la nationalité espagnole
il panique et on peut bien le dire, il vous laisse tomber




au bateau-lavoir cependant
Pablo joue les petits chefs
"un petit torero suivi de son escouade"
"Napoléon suivi de ses grenadiers"
tout Montmartre connaît le bleu de travail de Picasso
mais aussi son air narquois, son agressivité, son indécence esthétique

c'est à cette époque que Georges Braque qui faisait partie de la bande
taille l'avenir avec de modestes papiers peints, au décor de faux bois
il découpe, il colle, il dessine à grands traits de fusain





l'idée plaît bien à Picasso qui s'en empare insérant lui aussi
des lettres d'imprimerie, des notes de musique






plus tard, cher poète, alors que vous êtes blessé comme Braque à la guerre
vous écrirez que "le cubisme est né de l'amitié et de la rivalité de deux peintres
encordés ensemble comme deux montagnards"

vous ajouterez même dans la presse qu'il faut rétablir Braque dans sa primauté
et insister sur le fait que le cubisme est franco-espagnol, c'est-à-dire latin



OUF!
merci cher Guillaume de nous avoir rappelé que Braque n'était ni un vérificateur
pire un imitateur servile de Picasso
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mer 11 Mai - 15:19

on passera bien vite sur le vol de la Joconde, le 21 août 1911
un épisode qui vous a traumatisé: arrêté, emprisonné, votre appartement est perquisitionné




avant d'entrer dans ma cellule
il a fallu me mettre nu
et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu'es-tu devenu




vous faisait-on payer l'article virulent de l'Intransigeant
dans lequel vous dénonciez la négligence des gardiens?
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Ven 6 Mai - 16:49

oui mais voilà
en septembre 1910
Henri Rousseau, dit le Douanier
vient de mourir à l'hôpital Necker en disant
"Robert (Delaunay) n'aurait pas dû casser la Tour Eiffel


sept personnes, dont Robert Delaunay, ont suivi l'enterrement
Apollinaire a écrit l'épitaphe

nous te saluons
gentil Rousseau tu nous entends
laisse passer nos bagages eb franchise à la porte cu ciel
nous t'apporterons des pinceaux des couleurs et des toiles
afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réelle
tu les consacres à peindre comme tu tiras mon portrait
la face des étoiles

Brancusi en a gravé les mots

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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Jeu 5 Mai - 11:39

Picasso et le douanier Rousseau
quelle bonne idée vous avez eue, cher Guillaume de présenter ces deux-là

en novembre 1908 Picasso donne un banquet au bateau-lavoir
en l'honneur d'Henri Rousseau et de Joséphine retrouvée par hasard dans une brocante



Rousseau, solennel, coiffé d'un feutre mou, une canne dans la main gauche, un violon
dans la main droite, se tient intimidé mais ravi de voir autant de lampions allumés
autour de son tableau
en arrivant le vieil homme salue son jeune collègue par cette phrase immortelle:
nous sommes les deux plus grands peintres de notre temps
toi dans le genre égyptien
et moi, dans le genre moderne

il y a là Apollinaire bien sûr avec Marie Laurencin
Braque, jacob, Agero, les Stein et bien d'autres joyeux lurons qui inspirent ce tableau



une fête arrosée et déchaînée
où on ne mange que des sardines car Picasso s'est trompé de jour!

pour remercier
Rousseau joue une valse pendant le repas et chante sa chanson favorite
aïe aïe aïe que j'ai mal aux dents
ce qui fait hurler de rire l'assemblée

mon cher Guillaume
vous n'avez pas dû en assurer la promotion
ces paroles hautement intellectuelles ne sont pas parvenues jusqu'à nous...

mais plus tard dans l'Intransigeant vous écrirez à propos du rêve, son dernier tableau




de ce tableau, il se dégage de la beauté, c'est incontestable
je crois que cette année, personne n'osera rire
demmandez aux peintres
ils sont tous unanimes: ils admirent
ils admirent tout, vous dis-je, même ce canapé Louis Philippe
perdu dans la forête vierge et ils ont bien raison

sous la joyeuse désinvolture
admiration de tous pour le génie coloriste et l'ingénue simplicité
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mar 5 Avr - 8:41

le salut du Castillan à l'Andalou*




Juan GRIS
que Picasso voit comme un rival dangereux
vient d'arriver au bateau-lavoir
il a 19 ans et 16 F en poche

sur les murs de son atelier
il griffonne au fusain des chiffres; ses dettes chez l'épicier
et ... des publicités pour les payer



l'interprète du cubisme synthétique
avec sa ligne picturale constante et rigoureuse




Cher Guillaume
vous si prompt à faire l'éloge de Picasso, vous restez plus modéeé
devant le cubisme de Gris, le qualifiant "d'expression de cubisme intégral"





Gris
un homme plein de charme
qui souffre de violentes crises d'asthme
et disparaît à 40 ans

* portrait de Picasso par juan Gris - 1912
Art Institute of Chicago
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Mar 29 Mar - 9:03

le bateau-lavoir
la misère du monde

des loqueteux, des misérables que Picasso a peints
histoire de mettre la société en question






la "période bleue"
le bleu dont vous disiez
qu'il représentait la pauvreté, la misère et l'oppression


et puis
Picasso rencontre la pulpeuse Fernande
ici par Van Dongen, le voisin du dessus




Fernande tirait de l'eau au seul robinet de la bâtisse
Picasso courait après un petit chat effrayé par l'orage

il lui offre le petit chat
et l'invite à visiter son atelier

d'un seul coup, on passe des ténèbres bleutées aux aurores roses





et vous écrirez
on a dit de Picasso que ses oeuvres témoignaient d'un désanchantement précoce
je pense le contraire
tout l'enchante et son talent me paraît au service d'une fantaisie
qui mêle justement le délicieux et l'horrible, l'abject et le délicat, ...
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Re: LE poète: Guillaume Apollinaire

Message  Emma le Ven 25 Mar - 10:49

pour peu que vous assembliez les mots
ils deviennent des poèmes

alors nous vousq attendons
n'oubliez pas, demain soir chez Picasso
entrez par le bas
vous éviterez les pavés de la rue de Ravignan
sauf si vous voulez voir Utrillo qui passe souvent par là

il pleut?





aujourd'hui plus rien de la bâtisse que vous avez connue
plus rien de l'esprit "joyeux farceur" malgré la misère



jadis ça sentait le moisi et le pipi de chat
l'escalier craquait
les planches disjointes laissaient passer les courants d'air
pas de gaz, pas d'électricité
un seul robinet rouillé et entartré pour toute la baraque




glacière l'hiver, étuve l'été
les locataires s'y rencontraient à l'unique fontaine
un broc à la main
c'était le bateau-lavoir




où vient d'arriver Picasso le Malaguène
avec son misérable barda tiré dans une voiture à bras
avec l'aide de Manolo, un copain espagnol



Picasso a 23 ans


son atelier tout de suite en rentrant, lui plaît
il le trouve spacieux
parce qu'il y a une alcôve
où il peut ranger ses tableaux

quand on pense que faute de place
il peignait à même le sol
la toile posée par terre




le premier tableau de Picazsso au bateau-lavoir
"la femme à la corneille"



cette corneille sautait de table en table au Lapin agile


et c'est Margot, la belle-fille du patron qui la caresse de sa maigre main
aux doigts longs, longs, longs


à suivre...


Dernière édition par Emma le Ven 25 Mar - 12:25, édité 5 fois
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